L'école de l'émerveillement

Et si "Apprendre et comprendre en s'émerveillant" devenait la phrase préférée des enfants et des enseignants ?

 

Ce matin, à quelques jours de la "réouverture des écoles", en cette période si particulière que nous vivons tous actuellement, source d'inconfort, d'inconnu, de changements et de remise en question ; j'écoute la nouvelle chanson d'Alexandre Poulin "La mauvaise éducation", écrite par cet ancien professeur

de français québécois, aujourd'hui auteur, compositeur et chanteur.

 

Ses mots résonnent, "raisonnent" en moi... De l'autre côté de l'océan, des enseignants, parents, artistes, accompagnants et professionnels de l'enfance, souhaitent comme ici en France, réinventer l'école.

Réenchanter l'école, l'émerveillement est l'une des premières sources d'enthousiasme, de joie,

de confiance, de respect et d'amour.

 

 

Aujourd'hui, je pense à mon fils Théo, qui a 6 ans s'émerveillait de tout... Tout était source d'apprentissage, d'enseignement. La nature et son corps étaient ses premiers maitres.

A cet âge, il en savait plus que moi, adulte, sur les animaux, les dinosaures, les insectes ! Sa soif de découvertes, de comprendre et d'apprendre était intarissable. Les yeux pétillants et le sourire aux lèvres, il m'enseignait son savoir, en me disant fièrement que plus tard il serait paléontologue ou dompteur d'araignées ! Il n'y avait pas de limites, tout était possible. Et sa joie, ses rêves, remplissaient mon cœur de maman.

Et puis le collège est arrivé... L'isolement, la différence, l'incompréhension de qui il était, les émotions qui le chahutait, les moqueries des autres élèves "populaires" et... l’ennuie parfois en cours. Le lycée se poursuit... Je vois mon fils déployer ses ailes, s'épanouir, "j'ai une vie sociale, avant je n'en n'avais pas !"

Les amis, les rires, les sorties, les profs, les cours... mais toujours le même ennuie en cours avec certaines matières, certains professeurs.

Ses grandes capacités lui permettent de se balader aisément dans le groupe d'élèves en tête de classe, tout en n'en ramant pas une !

Je l'envie d'avoir autant de facilités, moi qui bossait dur en cours pour décrocher le sésame.

"J'apprends pour apprendre maman. J'apprends comme on le demande au lycée, et puis j'oublie, car ça ne m’intéresse pas."

Les journées où il revient radieux et le sourire aux lèvres sont celles où il a fait rire un prof et ses camarades. Bien sûr il n'a aucune idée de ce qu'il veut faire.

Que veux tu faire comme métier ? Faire, est ce là le verbe qui donne envie de se réaliser ?

Théo ne veut pas faire pour faire, c'est ce qu'il explique à l’éducation nationale, au moment de ses vœux parcours sup'.

"Il paraitrait que je n'ai pas d'avenir prometteur si je choisie de sortir du système de l'éducation nationale après le bac. De mon côté, ma définition d'un avenir prometteur, c'est de me réaliser dans un métier que j'aime, et celui ci est atteignable sans haut niveau d'étude."

"J'en ai marre des cours, je ne veux pas aller à la Fac comme tout le monde, pour qu'on me gave le cerveau de savoir et m'ennuyer !"

Théo est comme beaucoup de jeunes, si nombreux qui ont besoin de vibrer, de comprendre pour apprendre.

Il a aujourd'hui trouvé sa voie, en écoutant son cœur...

 

Aujourd'hui je pense également, à ma fille Sarah, qui petite s'émerveillait également de tout. Elle avait cette faculté de lire dans les cœurs et d'y apporter un rayon de soleil. De part sa grande sensibilité, elle sentait les émotions, les siennes et celles de son entourage. Ce pouvoir d'empathie essentiel à notre humanité. A 14 ans bientôt, Sarah a conservé toutes ses capacités, mais elles sont enfouies, recouvertes par une couverture épaisse. Elle qui a besoin des émotions pour comprendre et apprendre, se retrouve au collège dans un enseignement où l'on essaie de mettre de côté les émotions. Ce matin, Sarah me partage une vidéo transférée par son professeur de sciences, qui présente l'accouchement et la naissance d'un bébé. Une vidéo très mécanique, fonctionnelle, aucune émotions.

Je lui demande alors, comme je l'invite très souvent, à écouter ce que cette vidéo suscite en elle. Sa réponse : "Rien !" Le vide, le néant ; nous parlons d'un des plus beaux et extraordinaires évènements de la vie, la naissance d'un Etre, un moment qui est chargé d'émotions, qui nous ramène à notre propre naissance, à l'idée possible de donner la vie pour la future jeune femme qu'elle est.

Et rien ! Ce rien qui me secoue. Comment peux on enseigner à des enfants, futurs adultes et parents, la naissance de la vie, d'un Etre,

sans aborder les émotions qui l'accompagne ? Comment est ce encore possible en 2020 ?

 

Je me revois en primaire me braquant sur un exercice de mathématiques, avec la pression d'une institutrice qui insistait pour que j'aille au tableau, moi la petite fille timide qui perdait tous ses moyens devant les regards des élèves et du professeur, me mettant définitivement en dégoût pour les chiffres. Si on m'avait enseigné le pouvoir des chiffres autrement que par le raisonnement, sous forme d'histoire, par la nature source d'émerveillement, en m'encourageant, peut être qu'aujourd'hui les chiffres seraient mes amis ?

Théo, Sarah, moi, et chacun de nous, développons nos facultés d'apprentissage lorsque nous sommes en contact avec nos émotions, lorsque nous ressentons de la curiosité,

de l'étonnement, de l'intérêt, de l'envie et de l'encouragement... Qu'en est il de l'enseignement autour des émotions, aujourd'hui à l'école, au collège, au lycée ?

 

 

L'Homme est un être d'émotions

Nous le savons aujourd'hui, les émotions sont étroitement liées à l'apprentissage. Les émotions sont omniprésentes à l'école, chez les enfants et les enseignants.

Et pourtant, les émotions sont peu considérées dans les programmes scolaires visant notamment à favoriser la qualité des apprentissages.

C'est d'autant plus frappant que les sciences affectives dont les recherches ont débuté dans les années 2000, démontrent que "les activités centrées sur les émotions et sur les compétences émotionnelles peuvent agir directement ou indirectement de manière favorable à la fois sur le bien être de l'enfant et sur les apprentissages scolaires."

propos recueillis par Le Pôle Education

 

Apprends on aujourd'hui aux enfants à créer, à vibrer, à s'émerveiller

à l'école ?

 

Comme le dit Alexandre Poulain, on enseigne comme on enseignait il y a 30 ans !

Tout bouge, tout change, se renouvelle comme le cycle des saisons, de la vie, comme les cellules de notre corps ; c'est une des grandes lois de l'école de la vie, de l'école de la Terre.

Alors pourquoi ne renouvelle t'on pas l'enseignement ?

 

Pourquoi, ne laisse t'on pas plus de mouvement, de fluidité, d'espaces aux émotions des enfants

pour apprendre et à celles des enseignants pour transmettre ?

Enseignant ou en saignant, un enseignant transmet avec son sang, avec ce fluide de vie,

parce que c'est une vocation. Qu'il a découvert qu'il possède cette faculté de transmettre,

et pour certains d'émerveiller, d'accompagner et de changer ce petit quelque chose dans la vie

d'un enfant, qui va lui donner des ailes...

Mais encore faut il que les enfants et les enseignants soient entendus et compris par les têtes bien pensantes de notre société. Ces même hommes et femmes qui un jour ont été enfants et élèves.

Se rappel t'ils de leur scolarité, comment l'ont ils vécu ?

 

Si on prenait le temps de demander aux enseignants pourquoi ils enseignent. J'en connais de nombreux qui diraient, pour enseigner des matières, apprendre à lire, écrire, compter, découvrir l'histoire de l'humanité, c'est essentiel. Et ils poursuivraient en disant, mais aussi pour enseigner l'ouverture, susciter l'envie de chercher, se questionner, se remettre en question, savoir écouter l'autre, développer ses capacités de discernement, s'exprimer, accueillir et respecter chacun dans ses particularités, éveiller cette lumière d'enthousiasme dans le regard d'un élève. Mais aussi l'aider à s'accepter, à s'aimer, à s'épanouir, notamment lorsque cet enfant est accompagné par des parents dysfonctionnels qui l'écrase

au lieu de l'élever.

 

Si on prenait le temps de demander aux enfants pourquoi ils vont à l'école et qu'elle serait l'école de leurs rêves ?

Nombre d'entre eux répondraient, pour s'amuser, pour être avec des enfants de leurs âges, se faire des amis, rire, pour apprendre et découvrir de nouvelles choses, pour apprendre en s'amusant. Mais aussi pour comprendre, pourquoi ?

Cette fameuse question qu'un enfant de 5 ans pose continuellement. Un enfant a besoin de comprendre pourquoi il apprend.

Pourquoi ses émotions sont parfois si fortes qu'il n'arrive pas à les contrôler ? Pourquoi il n'a pas le droit de bouger pour apprendre, alors qu'il a besoin de bouger pour apprendre ? Pourquoi on ne l'écoute que rarement alors que des fois il pourrait aider un adulte à mieux comprendre certaines choses de la vie à travers son regard ? Pourquoi il ne se reconnait plus à 13 ans dans ce corps qui change ? Pourquoi il se sent incompris par ses parents, ses profs et même ses amis parfois ? Tous ces pourquoi qui restent sans réponses.

Nombre d'enfants diraient également qu'ils ont besoin d'être entendu, reconnu, écouté et... rassuré. Qu'on les aide à avoir confiance en eux, à croire en eux, à voir ce qu'ils ne voient pas, leurs dons, leurs capacités, à apprendre à se connaître.

Tout en pratiquant, en expérimentant dans leurs corps pour mieux comprendre et apprendre.

"Connais toi toi même et tu connaitras l'univers et les dieux". Cette citation reprise par Socrate ne date pas d'hier ! Apprendre à se connaître, pour mieux comprendre ses besoins, ses capacités et ses semblables, tout en s'épanouissant...

"Le sens de la vie est de trouver ses dons. Le but de la vie est d'en faire don aux autres." disait Picasso

Ces deux citations résument bien comment pourrait être l'enseignement en France et dans d'autres pays.

 

C'est pour cela que je vibre tous les jours...

Accompagner les enfants à travers les contes à grandir que j'écris, que je conte en spectacles et en livres

avec lesquels j'interviens à l'école. Les accompagner à se découvrir, s'aimer, se respecter, se questionner, s'émerveiller, à grandir en conscience... Les accompagner vers la conscience de leurs corps et de leurs émotions, à travers les ateliers de méditation joyeuse et de relaxation sonore, avec lesquels j'interviens à l'école.

Et je suis loin d'être seule. Lors de mes interventions scolaires, je rencontre tellement d'enseignants qui aspirent à un renouveau de l'école, qui cherchent, expérimentent de nouvelles pédagogies, lorsqu'ils le peuvent. Nous sommes nombreux à œuvrer pour accompagner les enfants vers la découverte d'eux mêmes et leur épanouissement.

Je pense à Anne Marie Gaignard, qui a développé une méthode simple, rapide et ludique pour en finir avec les fautes d'orthographe.

Je pense à Julien Peron, qui œuvre pour cette nouvelle école, en ayant créé le Congrès de l'innovation en éducation, ainsi que le Festival pour l'école de la vie, afin de rencontrer des conférenciers professionnels de l'enfance et de l'éducation qui invitent à découvrir de nouvelles méthodes d'enseignement pour tendre vers une éducation épanouissante, et de nombreux acteurs de l'éducation bienveillante.

Je pense à la Fondation Seve (Savoir être et vivre ensemble) créée par Frédéric Lenoir, qui forme en France et à l'internationale, à la pratique d'ateliers de philosophie et de méditation de pleine conscience auprès des enfants ; afin d'apprendre aux enfants à savoir être et vivre ensemble.

Et il y en a tant d'autres... Nous sommes de plus en plus nombreux, enseignants, parents, professionnels de l'enfance, de l'éducation, de l'accompagnement, artistes... à écrire,

à agir pour réinventer l'école, une nouvelle éducation épanouissante. Une école qui redonne le pouvoir d'expression à chacun.

Je pense au réseau Cogito'z, créé par Jeanne Siaud Facchin et une équipe de psychologues et pédagogues qui accompagnent les enfants et adolescents aux troubles de l'apprentissage, haut potentiels, zèbres... Qui accompagnent également ces enfants et adolescents dans la recherche de leur voies par des bilans de compétences et d'orientation.

 

Car c'est de l'éducation, de l'enseignement que tout naît. Et que nous créons le monde où nous vivons.

Alors en ces temps de retraite, de confinement, où les enfants prennent conscience de l'importance du lien social, de l'école, de l'enseignement, de la richesse du savoir, du lien à leurs enseignants. En ces temps, où les parents prennent conscience de l'investissement et de l'énergie que donne un enseignant pour transmettre des savoirs à un enfant et l'accompagner sur son chemin. En ces temps, où les enseignants prennent conscience de leurs liens à leurs élèves, de la difficulté d'enseigner sans contacts humains, du manque d'échange avec leurs élèves. En ces temps, où les enseignants se lèvent contre des idées et des actions imposées par des hommes et des femmes qui gouvernent et qui vont à contre sens de leurs valeurs.

Ne serais pas le moment de faire entendre nos voix, de nous exprimer tous ensembles main dans la main ; afin d'ouvrir les yeux à notre bonne vieille institution de l'éducation nationale ? Et ainsi l'aider à grandir en conscience, comme nos enfants.

 

Et si "Apprendre et comprendre en s'émerveillant" devenait la phrase préférée des enfants et des enseignants ?

 

Christelle, auteure et conteuse de Conte à Grandir

Je vous invite à découvrir les contes d'éveil que j'écris et conte en livres et spectacles, ainsi que les ateliers de méditation joyeuse avec lesquels j'interviens en école sur ce lien.

 

Je vous partage le lien vers le cri du coeur d'Alexandre Poulin, ancien professeur de français, ainsi que ses deux chansons très inspirantes sur l'éducation.

 

Mon activité professionnelle que je pratique avec le cœur, est hélas à l'arrêt avec les conditions sanitaires actuelles ; merci de vos partages et de votre soutien.

 

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